Affronter le danger des ambitions impériales d’Erdogan

Depuis le 27 septembre, l’Azerbaïdjan a engagé une guerre dans le Haut Karabagh et jusqu’aux portes de l’Arménie. Fort de son armement, acquis grâce à la manne pétrolière, soutenu militairement par la Turquie qui n’a pas hésité à y envoyer plusieurs centaines de djihadistes de Syrie, l’Azerbaïdjan n’hésite pas à s’en prendre aux populations civiles par des bombardements massifs et affiche clairement sa volonté « d’en finir » avec l’Arménie.

Le Haut-Karabagh, c’est un territoire trois fois plus petit que notre région Centre-Val de Loire, avec une population équivalente à celle de la ville de Tours.

Berceau historique de l’Arménie, ce dont atteste la multitude d’églises et de monastères, le Haut Karabagh, très majoritairement  peuplée d’Arméniens (95%) à l’époque soviétique, a été rattaché arbitrairement à l’Azerbaïdjan en 1921 par Staline pour créer les conditions d’oppositions entre les minorités de l’URSS. Avec la chute de l’Union Soviétique, en 1988, les Arméniens du Haut-Karabagh réclament leur rattachement à l’Arménie au nom du droit des peuples à l’auto-détermination. La guerre qui s’en suivra avec l’Azerbaïdjan durera 6 ans, avec une victoire arménienne, un cessez le feu en 1994 -régulièrement mis à mal depuis- et 30 000 morts de part et d’autre. Le Haut-Karabagh n’est pas rattaché à l’Arménie, même si les liens sont très étroits et n’est pas reconnu comme Etat indépendant par la communauté internationale.

« On ne devrait jamais tourner le dos à un danger pour tenter de le fuir. Si vous le faites, vous le multiplierez par deux. Mais si vous l’affrontez rapidement et sans vous dérober, vous le réduirez de moitié »

Winston Churchill

Les Etats membres de l’UE, de l’OTAN, les pays démocratiques, la France doivent entendre cet avertissement de Winston Churchill en ces temps de guerre au Caucase. Le danger, c’est la Turquie d’Erdogan qui intervient ouvertement en soutien de l’Azerbaïdjan. Pour le président de la Turquie, cette guerre est un moyen de résoudre la question arménienne, ce que l’Empire ottoman n’était pas parvenu à faire malgré un génocide de plus d’un million et demi d’Arméniens en 1915.  

« Aujourd’hui l’histoire se répète »,  disait sur Europe 1 Pascal Légitimus. En rappelant ce qu’il devait à ses origines Caucase-Cocotier, il a aussi rappelé les liens historiques de la France avec l’Arménie et son devoir de soutenir ce pays ami contre l’agression de l’Azerbaïdjan et de la Turquie.

Dès le début des combats, le Président Emmanuel Macron s’est exprimé fermement et sans ambiguïté pour condamner l’intervention militaire de l’Azerbaïdjan, dénoncer l’ingérence militaire de la Turquie et le risque grave de déstabilisation régionale induit par l’engagement de djihadistes.

Interpelé  mardi 13 à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a justifié une position de neutralité diplomatique dans le conflit par la nécessité pour la France -coprésidente avec les Etats-Unis et la Russie, du groupe Minsk  créé en 1994 pour le règlement du conflit du Haut Karabagh-,  de  continuer à être en capacité de peser dans le  dialogue avec toutes les parties  et contribuer à la fin des combats.

J’étais, avec plus d’une vingtaine de députés de tous bords, présent à la manifestation du mardi 13 octobre pour exprimer notre soutien et notre solidarité avec les populations du Haut-Karabagh et de l’Arménie.

Ce samedi 24 octobre, je me rends avec une quinzaine de parlementaires Français, tous bords confondus, en Arménie pour témoigner de notre engagement pour le Haut-Karabagh et l’Arménie et pour un règlement pacifique et durable du conflit.

Si le Caucase parait loin et inconnu, la menace internationale que constitue la Turquie d’Erdogan est tout proche, en Syrie d’abord, en méditerranée ensuite avec la Libye et la Grèce aujourd’hui encore agressée. En tant que député, j’entends la position de neutralité diplomatique qui doit permettre à la France, membre du conseil de sécurité de l’ONU, d’intervenir sans être mise en cause en faveur d’un arrêt des combats et une reprise des négociations pour un règlement global du conflit qui amène la paix dans la région.

L’enjeu nouveau toutefois de ce conflit est bien l’implication directe de la Turquie et ses visées expansionnistes. Sans établir de rapports de force, sans manifestation de puissance des pays démocratiques, la Turquie d’Erdogan, pas plus que celle des sultans hier, n’entendra la voix diplomatique. La France avec l’Europe, les Etats-Unis, doivent affronter le danger des ambitions impériales d’Erdogan, persuadé de la faiblesse des réactions internationales face à sa volonté de domination. Ne pas permettre au danger de se multiplier par deux, comme le disait Churchill. Passé le Caucase, traversé la méditerranée,  il est déjà à nos portes.

La France a toujours été aux rendez-vous de l’histoire arménienne.

C’est ce qu’attendent de nous les Français, et pas seulement nos compatriotes d’origine arménienne qui voient leurs frères lutter contre les drones, les missiles et les djihadistes. C’est pourquoi il faut soutenir sans réserve l’Arménie dans son actuel combat pour la survie.